(Conférence de janvier 2009)
Comment s’en libérer ?
Est-il jamais possible de libérer l’esprit du conditionnement ?
Notre esprit ne semble pas capable de se libérer des idées et des traditions qu’on lui imposa dans notre enfance.
Nous pouvons avoir parfaitement conscience des nombreuses façons dont la tradition nous limite. Mais pouvons-nous nous libérer des mos liens actuels sans immédiatement retomber dans d’autres ? Il existe des gens qui passent d’une organisation religieuse à une autre, cherchant sans cesse et jamais satisfaits. Et lorsqu’ils trouvent enfin la satisfaction, ils deviennent mortellement ennuyeux. C’est sans doute ce qui nous arrivera si nous essayons de nous défaire de notre conditionnement actuel : sans le savoir, nous serons entraînés dans un autre modèle de vie.
La plupart d’entre nous n’ont jamais considéré profondément combien notre esprit est presque entièrement façonné par la société et la culture dans lesquelles nous avons été élevés. Nous n’avons nulle conscience de notre conditionnement et nous continuons à vivre, luttant, réussissant ou frustrés, dans le cadre précis d’une société donnée. C’est le sort de la plupart d’entre nous, y compris les leaders politiques et religieux. Nous commençons par remarquer le conditionnement dans les autres. Puis le doute naît en nous et nous prenons lentement conscience de notre propre conditionnement. Alors, naît en nous le désir de nous libérer.
Mais voici ce qui se passe. Le conditionnement que nous avons reçu dans notre enfance continue à fonctionner, en même temps que s’exprime un violent désir de briser ledit conditionnement. De sorte que notre esprit est pris dans le conflit de ce conditionnement dont nous avons conscience et le l’envie intense de nous en libérer. À partir de là, que faire ?
L’envie de l’esprit de se libérer de son conditionnement ne crée-t-elle pas un autre type de résistance et conditionnement ? Ayant pris conscience du modèle ou du moule dans lequel vous avez été élevé vous voulez vous en libérer. Mais ce désir de libération ne conditionnera-t-il pas l’esprit à son tour, d’une manière différente ? L’ancienne structure affirme que vous devez vous conformer à l’autorité et vous êtes maintenant en train d’établir une autre structure selon laquelle vous ne devez pas vous conformer. De sorte que vous avez deux modèles, et parfaitement conflictuels. Aussi longtemps qu’existera cette contradiction interne, un conditionnement plus profond encore s’installera.
L’ancienne structure est parfaitement absurde et périmée et il faut s’en libérer, car sinon notre esprit continuera à fonctionner de la même façon stupide.
Y a-t-il une différence fondamentale entre le désir de se conformer et l’envie intense de se libérer de ce même conformisme ? Comment le savoir ?
En ne condamnant pas l’un de ces désirs et en ne poursuivant pas l’autre non plus. Dans quel état est l’esprit qui réclame avidement de se libérer du conformisme et qui rejette ce conformisme ?
Le fait de ne pas mettre un terme définitif au mécanisme qui suscite les modèles, les moules, qu’ils soient positifs ou négatifs, c’est assurer la continuité de modèles modifiés, ou du conditionnement.
Nous avons donc d’un côté le désir qui débouche sur le conformisme, et d’un autre côté le désir de s’en libérer. Aussi différents qu’ils puissent sembler, ces deux désirs ne sont-ils pas profondément semblables ? Et s’ils le sont, alors cette quête de la liberté est absolument vaine, car vous ne ferez en fait que passer d’un modèle à un autre, indéfiniment. Il n’existe pas de conditionnement plus noble ou meilleur. Tout conditionnement est douloureux. Tout conditionnement est une prison. Le désir d’être ou de ne pas être, entraîne le conditionnement, et c’est ce désir qu’il nous faut comprendre avant tout.
La clé : le vide intérieur. C’est la seule solution pour connaître la réalité. Le conditionnement se situe au niveau du mental. En faisant le silence intérieur, le vide mental, il n’y a plus de conditionnement.
Krishnamurti.
Vous n’êtes pas votre mental.
La pensée n’est-elle pas indispensable pour survivre en ce monde ?
Votre mental est un outil, un instrument qui est là pour servir à l’accomplissement d’une tâche précise. Une fois cette tâche effectuée, vous déposez votre outil. Je dirais ceci : telles que sont les choses, environ quatre-vingt à quatre-vingt-dix pour cent de la pensée chez l’humain est non seulement répétitive et inutile, mais aussi en grande partie nuisible en raison de sa nature souvent négative et dysfonctionnelle. Il vous suffit d’observer votre mental pour constater à quel point cela est vrai. La pensée involontaire et compulsive occasionne une sérieuse perte d’énergie vitale. Elle est en fait une accoutumance. Et qu’est-ce qui caractérise une habitude ? Tout simplement le fait que vous sentiez ne plus avoir la liberté d’arrêter. Elle semble plus forte que vous. Elle vous procure également une fausse sensation de plaisir qui se transforme invariablement en souffrance.
Pourquoi serions-nous des drogués de la pensée ?
Parce que vous êtes identifiés à elle et que cela veut dire que vous tirez votre sens du moi à partir du contenu et de l'activité du mental. Parce que vous croyez que si vous vous arrêtez de penser, vous cesserez d'être. Quand vous grandissez, vous vous faites une image mentale de qui vous êtes en fonction de votre conditionnement familial et culturel. On pourrait appeler ce « moi fantôme », l'ego. Il se résume à l'activité mentale et ne peut se perpétuer que par l'incessante pensée. Le terme « ego» signifie diverses choses pour différentes gens, mais quand je l'utilise ici, il désigne le faux moi créé par l'identification inconsciente au mental.
Aux yeux de l'ego, le moment présent n'existe quasiment pas, car seuls le passé et le futur lui importent. Ce renversement total de la vérité reflète bien à quel point le mental est dénaturé quand il fonctionne sur le mode« ego». Sa préoccupation est de toujours maintenir le passé en vie, car sans lui qui seriez-vous? Il se projette constamment dans le futur pour assurer sa survie et pour y trouver une forme quelconque de relâchement et de satisfaction. Il se dit: « Un jour, quand ceci ou cela se produira, je serai bien, heureux, en paix. » Même quand l'ego semble se préoccuper du présent, ce n'est pas le présent qu'il voit. Il le perçoit de façon totalement déformée, car il le regarde à travers les yeux du passé. Ou bien il le réduit à un moyen pour arriver à une fin, une fin qui n'existe jamais que dans le futur projeté par lui. Observez votre mental et vous verrez qu'il fonctionne comme ça.
Le secret de la libération réside dans l'instant présent. Mais vous ne pourrez pas vous y retrouver tant et aussi longtemps que vous serez votre mental.
Je ne veux pas perdre ma capacité d'analyse et de discernement. Je ne suis pas contre le fait d'apprendre à penser plus clairement, de façon plus pénétrante, mais je ne veux pas perdre ma tête. Le don de la pensée est la chose la plus précieuse que nous ayons. Sans elle, nous ne serions qu'une autre espèce animale.
La prédominance de la pensée n'est rien d'autre qu'une étape dans l'évolution de la conscience. Il nous faut passer à l'étape suivante de toute urgence. Sinon, le mental nous anéantira, car il est devenu un véritable monstre. Je reparlerai de ceci plus en détail un peu plus loin. Pensée et conscience ne sont pas synonymes. La pensée n'est qu'un petit aspect de la conscience et elle ne peut exister sans elle. Par contre, la conscience n'a pas besoin de la pensée.
Atteindre l'illumination signifie s'élever au-delà de la pensée, ne pas retomber à un niveau situé en dessous de la pensée, soit celui du règne végétal ou animal. Quand vous avez atteint ce degré d'éveil, vous continuez à vous servir de votre pensée au besoin. La seule différence, c'est que vous le faites de façon beaucoup plus efficace et pénétrante qu'avant. Vous vous servez de votre mental principalement pour des questions d'ordre pratique. Vous n'êtes plus sous l'emprise du dialogue intérieur involontaire, et une paix profonde s'est installée. Lorsque vous employez le mental, en particulier quand vous devez trouver une solution créative à quelque chose, vous oscillez toutes les quelques minutes entre la pensée et le calme, entre le vide mental et le mental. Le vide mental, c'est la conscience sans la pensée. C'est uniquement de cette façon qu'il est possible de penser de manière créative parce que c'est seulement ainsi que la pensée acquiert vraiment un pouvoir. Lorsqu'elle n'est plus reliée au très grand royaume de la conscience, la pensée seule devient stérile, insensée, destructrice.
Essentiellement, le mental est une machine à survie. Attaque et défense face à ses «congénères», collecte, entreposage et analy¬se de l'information, voilà ce à quoi le mental excelle, mais il n'est pas du tout créatif. Tous les véritables artistes, qu'ils le sachent ou pas, créent à partir d'un état de vide mental, d'une immobilité intérieure. Puis, c'est le mental qui donne forme à l'impulsion ou à l'intuition créative. Même les plus grands savants ont rapporté que leurs percées créatives s'étaient produites dans des moments de quiétude mentale. Une enquête effectuée à l'échelle nationale auprès des plus éminents mathématiciens américains, Einstein y compris, a donné des résultats surprenants. Questionnés au sujet de leurs méthodes de travail, ils ont répondu que la pensée ne «jouait qu'un rôle secondaire à l'étape brève et déterminante de l'acte création.
Eckhart Tolle.
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