(Conférence du 20 octobre 2008)
Un homme s’est appliqué à une discipline rigoureuse pendant vingt-cinq ans, mais après avoir vécu dans l’aisance, cela lui parut très difficile et il lui fallut assez longtemps pour maîtriser totalement ses pensées et les passions qui le consumaient. À la fin cependant, il commença à avoir des visions de Bouddha, du Christ et de Krishna, visions dont la beauté était saisissante, et pendant des jours et des jours, ensuite, il vivait dans une sorte de transe, élargissant sans cesse les limites de son esprit et de son cœur, totalement absorbé dans cet amour qui est la dévotion à l’Être Suprême. Tout ce qui l’entourait, les villageois, les animaux, les arbres, l’herbe, était intensément vivant, éblouissant de vitalité et de grâce. Il lui avait fallu toutes ces années pour atteindre la bordure de l’Infini, et il était étonnant qu’il ait survécu à tout cela.
Mais, sans la connaissance de soi, ce qui par essence est méditation, toute méditation est un processus d’auto-hypnotisme, la projection de nos pensées et de nos désirs. Il a beaucoup réfléchi à cela.
« Je me rends compte de la véracité de cet énoncé et c’est un véritable choc pour moi de réaliser que j’ai été pris dans les images ou les projections de mon propre esprit. Je comprends maintenant parfaitement ce qu’a été ma méditation. Pendant vingt-cinq ans, je suis resté enfermé dans le magnifique jardin que j’avais moi-même édifié. Les personnages, les visions n’étaient que le produit de ma propre culture et des choses que je désirais, que j’avais étudiées et assimilées. Je comprends aujourd’hui la signification de ce que j’ai fait et je suis plus qu’atterré à l’idée d’avoir gâché de si précieuses années.
Que dois-je faire? Existe-t-il un moyen de sortir de cette prison que j’ai moi-même construite ? Je vois bien que ce à quoi j’ai abouti par ma méditation n’est qu’une impasse. Et quand bien même je le voudrais, je ne peux retourner vers cet état d’auto-illusion et d’auto-stimulation. Je veux au contraire déchirer ces voiles illusoires et découvrir ce qui n’est pas assemblé par l’esprit. Maintenant je comprends que toute la structure que j’ai mis vingt-cinq ans à construire, avec tant de soins et de peine, n’a soudain plus aucun sens et il me semble qu’il va falloir tout recommencer. Mais recommencer à partir de quoi ?
Se pourrait-il qu’il n’y ait pas recommencement, mais simplement le fait de voir le faux en tant que faux, ce qui est le début de la compréhension ? Car si l’on recommence, l’on peut être pris à nouveau dans une autre forme d’illusion, qui s’exprimera d’une autre façon. Ce qui nous aveugle, c’est le désir d’atteindre un but, un résultat. Mais si nous comprenons que le résultat que nous désirons est toujours à l’intérieur du champ dont le soi est le centre, il n’y a plus alors le moindre souhait de réalisation. Voir le faux en tant que faux, et le vrai en tant que vrai, c’est la sagesse.
Mais est-ce que je perçois réellement que ce que j’ai fait vingt-cinq ans durant était quelque chose de faux ? Ai-je conscience de toutes les implications de ce que je tenais pour la méditation ?
Le désir ardent de l’expérience engendre l’illusion. Comme je le comprends maintenant, mes visions n’étaient rien d’autre que la projection de l’arrière-plan de mon passé, de mon conditionnement, et ce sont ces projections dont j’ai fait l’expérience. Ce qui de toute évidence n’est pas méditer. La méditation débute par la compréhension du passé, du soi ; et sans cette compréhension, ce que l’on appelle méditation, si agréable ou douloureuse soit-elle, n’est jamais qu’une forme d’hypnotisme. J’ai pratiqué la maîtrise de moi-même et de mes pensées et je me suis concentré sur l’aboutissement de l’expérience. C’est une occupation égocentrique et non de la méditation, et comprendre que ce n’est pas de la méditation, c’est le début de la méditation. Voir le faux fans le faux libère l’esprit de faux. La libération de ce qui est faux ne survient pas du seul désir que cela ait lieu, mais survient lorsque l’esprit n’est plus tourné vers la réussite, vers la réalisation d’un but. Toute quête doit cesser, et ce n’est qu’alors qu’apparaît la possibilité de l’état d’être et l’innommé.
Je ne veux pas me perdre en illusions une nouvelle fois. L’auto-illusion n’est possible que devant les diverses formes du besoin ou de l’attachement : attachement à un préjugé, à une expérience, à un système de pensée. Consciemment ou non, l’expérimentateur recherche toujours une expérience plus profonde, plus vaste. Et aussi longtemps qu’existe l’expérimentateur, l’illusion existe elle aussi, sous une forme ou sous une autre.
Tout cela implique beaucoup de temps et patience. Le temps et la patience sont peut-être nécessaires à l’obtention d’un but. L’homme ambitieux, qu’il s’agisse des biens de ce monde et d’autre chose, a besoin de temps pour atteindre son but. L’esprit est le produit de temps, comme toute pensée en est le résultat. Et la pensée qui cherche à se libérer du temps ne fait que renforcer son enchaînement au temps. Le temps n’existe qu’à partir du moment où existe un espace psychologique entre ce qui est et ce qui devrait être, que l’on appelle aussi l’idéal, la finalité. Avoir conscience de la fausseté de toute cette façon de penser, c’est s’en libérer, ce qui ne demande ni effort, ni pratique. La compréhension est immédiate et n’est pas d’ordre temporel.
Le genre de méditation que j’ai pratiqué n’a de sens que si elle est perçue comme fausse, et je le vois ainsi. Mais, par quoi la remplacer ?
Lorsque le faux a disparu, ce qui n’est pas faux a alors la liberté et la possibilité d’entrer en existence. Il n’est pas possible de rechercher le vrai au travers du faux. Car le faux n’est pas le moyen de parvenir au vrai. Le faux doit cesser totalement et non pas seulement par rapport au vrai. On ne peut comparer le faux et le vrai, pas plus que la violence et l’amour. La violence doit cesser pour que l’amour soit. Et la fin de la violence n’est pas une question de temps. Seule la perception du faux en tant que faux mettra fin au faux. Que nos têtes soient vides, et remplies des choses de l’esprit. Il n’y a plus alors que la méditation, et non plus un méditant qui médite.
Je ne me suis occupé que du méditant, du chercheur, de celui qui apprécie, qui fait l’expérience c’est-à-dire de moi-même. J’ai vécu dans cet agréable jardin que j’ai créé de toutes pièces et dont j’ai été le prisonnier. Je commence à voir la fausseté de tout cela ».
Krishnamurti.
L’illumination
La parabole du mendiant
Un mendiant était assis sur le bord d’un chemin depuis plus de trente ans. Un jour, un étranger passa devant lui. « Vous avez quelques pièces de monnaie pour moi ? » marmotta le mendiant en tendant sa vieille casquette de baseball d’un geste automatique.
« Je n’ai rien à vous donner », répondit l’étranger, qui lui demanda par la suite : « Sur quoi êtes-vous assis ? »
« Sur rien, répondit le mendiant, juste une vieille caisse. Elle me sert de siège depuis aussi longtemps que je puisse m’en souvenir. »
« Avez-vous jamais regardé ce qu’il y avait dedans ? » demanda l’étranger.
« Non, réplique le mendiant, pour quelle raison ? Il n’y a rien »
« Jetez-y donc un coup d’œil », insista l’étranger. Le mendiant réussit à ouvrir le couvercle en le forçant. Avec étonnement, incrédulité et le cœur rempli d’allégresse, il constata que la caisse était pleine d’or.
En regardant à l’intérieur de soi, on découvre le plus grand trésor. Ceux qui n’ont pas trouvé leur véritable richesse, c’est-à-dire la joie radieuse de l’Être et la paix profonde et inébranlable qui l’accompagnent, sont des mendiants, même s’ils sont très riches sur le plan matériel. Ils se tournent vers l’extérieur pour récolter quelques miettes de plaisir et de satisfaction, pour se sentir validés, sécurisés ou aimés, alors qu’ils abritent en eux un trésor qui non seulement recèle toutes ces choses, mais qui est aussi infiniment plus grandiose que n’importe quoi que le monde puisse leur offrir.
L’illumination.
Le terme « illumination » évoque l’idée d’un accomplissement surhumain, et l’égo aime s’en tenir à cela. Mais l’illumination est tout simplement votre état naturel, la sensation de ne faire qu’un avec l’Être. C’est un état de fusion avec quelque chose de démesuré et d’indestructible.
L’illumination, c’est trouver votre vraie nature au-delà de tout nom et de toute forme.
L’Être.
L’être est la vie éternelle et omniprésente qui existe au-delà, des myriades de formes de vie assujetties au cycle de la naissance et de la mort. L’Être n’existe cependant pas seulement au-delà mais aussi au cœur de toute forme. Il constitue l’essence invisible et indestructible la plus profonde. En d’autres termes, l’Être vous est accessible immédiatement et représente votre moi le plus profond, votre véritable nature. Mais ne cherchez pas à le saisir avec votre mental ni à le comprendre. Vous pouvez l’appréhender seulement lorsque votre mental s’est tu.
Retrouver cette présence à l’Être et se maintenir dans cet état de sensation de réalisation, c’est cela l’illumination.
Qu’est-ce qui nous empêche le plus de connaître cette réalité ?
C’est l’identification au mental, car celle-ci amène la pensée à devenir compulsive. Cet incessant bruit mental vous empêche de trouver ce royaume de calme intérieur qui est indissociable de l’Être.
L’illumination est un état de plénitude, d’unité avec le Tout et donc de paix. C’est un état d’unité avec la vie sous sa forme manifeste. Un état d’unité avec l’Être.
Eckhart Tolle.
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